Dans le cadre de Vertivin, nous avons dégusté 3 Margaux et 3 st Emilion conseillés par des consultants emblématiques de la place de Bordeaux : Michel Rolland , Stéphane Derenoncourt et Denis Dubourdieu.
On ne présente plus Michel Rolland , propriétaire de Bon Pasteur à Pommerol et de Fontenil à Fronsac. Médiatique et controversé , Michel Rolland s’est fait connaitre en 1982 , en appliquant à son domaine des techniques alors révolutionnaires pour donner des vins opulents , concentrés, boisés…
Ses détracteurs l’accusent d’être un “complice” de Parker dans l’uniformisation des vins, avec des raisins récoltés (très) murs, le tri à outrance, les mêmes techniques appliqués à tous les domaines (décriées dans Mondovino) de micro oxygénation, sur-extraction, et un passage obligé dans du bois neuf, quelque soit la matière . Pour les adeptes , le “flying wine maker” est un génie de l’assemblage, permettant d’obtenir la quintessence de la matière présente dans les cuves de ses clients . Une “ordonnance” avec un passage de l’équipe Rolland une fois par an couterait 30.000 € par an . Dernier pavé dans la mare, Rolland confessait récemment que l’avenir était à l’oenologie de la demande et non du terroir, en citant en modèle Coca Cola pour s’adapter au marché ! Parmi les domaines les plus connus conseillés, on peut citer l’évangile, le pin , Pavie , Beauséjour- Bécot, Ausone, Valandraud
Stéphane Derenoncourt n’est pas un oenologue (même s’il en emploie maintenant) et le clame haut et fort , y compris sur sa carte de visite . Chaudronnier de formation, il arrive presque par hasard (?) en 82 comme ouvrier agricole à Fronsac . Cela lui plait et en 1985 , la famille Barre, propriétaire de Mazeris et de Pavie Macquin lui donne un premier coup de pouce en le nommant maitre de chai à Mazeris. 3 ans plus tard, il à l’opportunité d’appliquer les bases de la bio dynamie qu’il étudie depuis plusieurs années, à Pavie Macquin. Les résultats ne se font pas attendre et les demandes de consultanat commencent à affluer . La plus marquante est sans doute l’association du très aristocratique propriétaire de canon La gaffelière qui lui donne ses lettres de noblesse . Tout en gardant son franc parler, son empirisme basé sur une observation fine des vignes et la dégustation des baies. A la fin des années 90 , devenue une étoile montante , il monte sa société de service, rachète le domaine de l’A en côtes de castillon. Inclassable et indomptable , adoubé dans les années 2000 par Parker à travers ses notes et Michel Bettanne , il reste sans concession mais avec un instinct génial, certainement plus proche du terroir que son confrère Rolland. Parmi les crus classés, on peut citer Chevalier, Pavie Macquin, Smith Haut Laffite . Aujourd’hui lui et son équipe conseillent près de 60 domaines dans le monde du liban aux USA….Stéphane Derenoncourt définit son travail « comme étant la recherche de l’expression optimale du terroir. L’enjeu, au travers des méthodes proposées, étant de favoriser l’exploration du sol par les racines afin de l’imprimer dans le fruit. » Il ajoute que « face au terroir, plus l’homme se fait discret, meilleur est le vin » et il met un point d’honneur à ne pas “signer” ses vins. On peut donc en conclure logiquement qu’il est beaucoup moins interventionniste que Michel Rolland.
Bardé de diplômes, Professeur à l’université des vins de Bordeaux , et lui aussi propriétaire (Doisy Daene, floridène, reynon…), Denis Dubourdieu privilégie la finesse et la fraicheur dans ses vins et ceux qu’il conseille … Il utilise pour cela une approche scientifique, tout en essayant lui aussi de révéler la typicité du terroir .” je préfère conseiller des producteurs de vins classiques élaborés à partir de cépages situés à la limite nord de leur culture, murissant leurs raisins lentement et parfois difficilement, car je suis persuadé que c’est de ces difficultés surmontées que naissent les grands vins“‘
Alors que donnent les vins ? (vins carafés 2 heures , dégustés à l’aveugle, 3 Margaux tout d’abord et 3 Saint Emilion ensuite)
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Premier vin : Kirwan 2004 (3ème grand cru classé , Margaux)
J’avais ouvert à Noel 2009 un magnum de Kirwan 96 et j’en garde un grand souvenir . j’avais aussi apprécié un 2006 au grand tasting de l’année dernière . Nez simple, peu expressif sur les fruits noirs(mure) , la cendre et l’encens. Attaque svelte, bouche en demi corps, souple , sensation assez désagréable d’une sur-extraction sur une matière pas très mure , tannins astringents, milieu de bouche un peu plus puissant , finale courte sur le bois brulé . Conseillé par Rolland . Encore une désillusion sur le millésime 2004, qui à de rares exceptions n’est décidément pas une réussite sur la rive gauche (Malartic fait partie de ces exceptions ) Ma note 13/20
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2ème vin : Issan 2000
Nez encore fortement marqué par l’élevage, boisé, avec des notes de caramel (+) , de cacao et un coté “tourbé” . A l’aération , des notes plus subtiles apparaissent sur le cassis, la liqueur de mure, la cerise et les épices : safran, poivre , réglisse . Bouche ample, concentrée, dense , mais sans aucune lourdeur , tannins soyeux , sur les fruits noirs et la rose, Belle finale . Un beau vin en début de maturité certainement , vu la matière . Ma note 15.5/20. Note Parker 93/100
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3ème vin : Bel Air Marquis d’Aligre 1998, cru bourgeois exceptionnel
Il s’agit d’un “pirate”. Ce vin est aux antipodes des méthodes de vinification de ses prestigieux voisins (une des parcelles est contigue à Chateau Margaux) . Le raisin ne voit pas le bois , tout est élevé en cuve, par un seul homme Mr Boyé , un peu à l’instar d’Emmanuel Raynaud, ce qui vaut parfois à Bel Air Marquis d’Aligre le surnom de Rayas de Bordeaux . Uniquement pour cela ? pas sur, car ici c’est aussi la finesse qui est privilégiée avec le minimum d’intervention. De simples cuves béton sans thermorégulation, de vieilles vignes (fermentation naturelle durant environ 5 semaines) , et des rendements faibles (30 hl/ha) contre 45 pour l’appellation et élevage long, pendant près de deux ans .
Nez très expressif, dominé par le poivron cuit de prime abord, faisant penser plus à un cabernet franc qu’à un sauvignon, puis évoluant progressivement vers la pivoine, le lys et la violette . Gros volume en bouche, ample , concentré , pur, racé , sur les fruits noirs et l’orange sanguine, tannins serrés , mais sans concessions ce que certains dégustateurs jugent comme un peu rustique, alors que d’autres ont salué sa finesse, un coté aérien , sur un registre Bourguignon. Finale interminable . Un vin qui ne peut pas laisser indifférent. Moi j’ai beaucoup aimé . Aucun oenologue conseil . Ma note 17/20
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4ème vin : Clos Fourtet 2004, 1er grand cru classé
Nez avec un coté sucré (du bois sans doute) assez marqué, toasté, fruits noirs très murs, liqueur de mure. En bouche, matière sur-extraite , boisé dominant , avec des tannins grossiers et asséchants , volume sur une structure lache, mais au moins le fruit peut s’exprimer un peu . Oenologue conseil : stéphane Derenoncourt.
. Ma note 13/20
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Petit cheval , saint Emilion grand cru (second vin de Cheval Blanc) 2003
Nez beaucoup plus subtil sur la mure, la fraise des bois, l’herbe séchée. L’élevage est sans doute moins “intensif” et mieux intégré, et pourtant moins bien noté que le précédent par Bob (ce qui confirme ses goûts et les miens
) . Bouche élancée, avec une belle acidité, tannins fondus et soyeux, de la finesse et de la fraicheur avec des notes mentholées, belle finale sur des notes d’orange sanguine . Ce vin n’est pas très complexe ni très puissant, mais donne une belle impression d’ensemble équilibrée . conseillé par Dubourdieur Ma note 15.5/20
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Fombrauge 1999 , Saint Emilion grand cru
Racheté en 1999 par Bernard Magrez , aussi propriétaire de Pape Clément, est planté à plus de 75% en merlot . Michel Rolland a été engagé en tant qu’oenologue conseil . Nous sommes donc à la charnière de ce changement (passage en fut neuf à 50% pendant 16 mois) . Nez très marqué un l’élevage avec une grande chauffe avec des notes de goudron, de pain grillé , mais aussi de champignon et de laurier. La bouche est à l’identique, le bois domine outrageusement avec des notes de tabac, de cacao , des tannins asséchants. Le raisin a bien du mal à s’exprimer, même après 10 ans . C’est chaud, mou, pataud avec un manque manifeste d’élégance . J’avais constaté le souhait de vin moderne sur des millésimes ultérieurs . Ma note : 11/20
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Conclusion
Pour avoir gouté plusieurs vins conseillés par Dubourdieu en général , et Doisy Daene qui lui appartient en particulier, je peux confirmer que cet oenologue cherche vraiment la finesse . Michel Rolland ne s’en cache plus : il fait des vins marketés , variant au fur et à mesure de l’évolution des gouts . Les chinois aimant les rouges avec un gout sucré, nous devrions voir poindre cette tendance dans les millésimes qui viennent (au secours !) . Quant à Derenoncourt, j’essaierai de me forger un avis plus précis en achetant une bouteille du domaine de l’ A (30 € pour un cotes de castillon dans un millésime récent)
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